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Géopolitique industrielle

Voitures électriques en Chine, les Hunger Games comme stratégie d’État

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Mise à jour le 28 mai 2025
Temps de lecture : 4 minutes

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Chine Industrie Automobile

En orchestrant une compétition entre des centaines de constructeurs automobiles, la Chine a misé sur une sélection industrielle impitoyable. Une méthode qui forge des champions à bas coûts, au détriment de la rentabilité financière classique.

Dès le début des années 2010, la Chine a placé les véhicules électriques (VE) au cœur de sa stratégie industrielle. Mais plutôt que d’imposer un champion national, Pékin a laissé les collectivités locales interpréter librement les objectifs centraux. Villes et provinces ont rivalisé pour attirer startups et usines, subventionnant généreusement leurs projets. Résultat : jusqu’à 500 marques de VE ont émergé, dans une logique de prolifération concurrentielle contrôlée.

Une sélection darwinienne

Ce modèle de planification par la concurrence favorise l’innovation par l’émulation : l’État ne désigne pas d’emblée les gagnants, mais laisse le marché trier. Une logique darwinienne, au service d’une montée en gamme accélérée.

Le marché intérieur est devenu une véritable arène. Dans un environnement surpeuplé, seules les entreprises les plus compétitives — en prix, qualité, design, technologie — parviennent à survivre. La guerre des prix a laminé les marges et précipité la faillite de centaines d’acteurs. Aujourd’hui, le marché se concentre autour de quelques grands noms (BYD, NIO, Xpeng), qui ont tiré parti de cette sélection brutale.

Cette méthode façonne des entreprises aguerries, habituées à une pression concurrentielle maximale, aptes à s’imposer sur les marchés mondiaux face aux géants occidentaux.

Hypercompétition, faible valorisation

Ce modèle a toutefois un coût : la valorisation boursière des acteurs chinois reste atone. Le Shanghai Composite n’a guère progressé depuis vingt ans, malgré l’essor industriel. Les marges écrasées limitent les bénéfices et donc les dividendes. Dans cette architecture, les profits sont massivement réinvestis en R&D, production et salaires, au détriment des actionnaires.

Ce paradoxe chinois — puissance industrielle sans euphorie boursière — illustre une hiérarchie des priorités où l’intérêt collectif (emploi, souveraineté, domination sectorielle) l’emporte sur la rentabilité actionnariale.

L’internationalisation constitue une seconde phase stratégique. Après avoir saturé le marché intérieur, les champions chinois exportent massivement vers les marchés émergents : Asie du Sud-Est, Amérique latine, Afrique. Ces zones à forte croissance automobile offrent des débouchés moins saturés et des exigences réglementaires plus souples.

Dans ces régions, les constructeurs chinois peuvent espérer dégager des marges plus confortables, en capitalisant sur des coûts de production bas et une offre compétitive. À moyen terme, ces marchés pourraient jouer un rôle clé dans l’équilibre financier du modèle chinois, même si la logique de conquête prime encore sur la rentabilité pure.

La stratégie chinoise dans les VE incarne un capitalisme d’État à la fois concurrentiel et planificateur. Efficace pour construire une base industrielle, ce modèle reste fragile : surcapacités, retours financiers incertains, investisseurs étrangers prudents. Il repose sur un arbitrage permanent entre efficacité productive et soutenabilité économique.

Mais il pourrait bien imposer de nouvelles normes globales, où l’efficacité stratégique, la résilience technologique et le contrôle des chaînes de valeur l’emportent sur la seule logique financière.

Pourquoi les valorisations boursières chinoises stagnent-elles ?

  • Marges rognées par la guerre des prix
  • Profits réinvestis, pas redistribués
  • Logique industrielle plutôt que spéculative
  • Rendement actionnarial subordonné à l’intérêt stratégique
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