Le 12 octobre dernier, comme Liberté Actus le rapportait, les autorités néerlandaises ont eu recours à une loi d’exception – pour la première fois depuis soixante-treize ans – pour placer sous tutelle le groupe Nexperia, propriété d’un conglomérat chinois. Le tout, sous pression directe de Washington.
Volkswagen va suspendre la production des Golf
Les constructeurs européens ont aussitôt réagi, par la voix de l’Association des constructeurs automobiles européens (ACEA), qui se disait, dès le 16 octobre, « profondément préoccupée par les perturbations importantes que pourrait subir la production automobile européenne si l’interruption de l’approvisionnement en puces Nexperia ne pouvait être immédiatement résolue ».
Il n’aura pas fallu deux semaines pour que les effets se fassent sentir. Volkswagen suspendra dès le 29 octobre ses lignes de production dans la gigantesque usine de Wolfsburg, faute de puces Nexperia. Si la direction souffle encore le chaud et le froid, les informations convergent vers un arrêt de la production des Golf, modèle phare du constructeur. Le risque de contagion est grand. D’autres modèles comme le Tiguan, le Tayron ou le Touran pourraient suivre.
Et pour cause. En réponse à la décision néerlandaise, Pékin a imposé des contrôles à l’exportation sur les productions de Nexperia basées en République populaire. Les dirigeants européens, qui pensaient être protégés par la présence d’usines sur le continent, n’avaient – espérons-le – pas mesuré l’interdépendance entre les différents sites à travers le monde.
Concrètement, l’usine Nexperia de Hambourg (en Allemagne, donc) ne fournit pas directement la filière automobile. Les puces y sont fabriquées, mais doivent être acheminées en Chine pour y être transformées en produits finis (diodes, transistors) avant d’être réexportées vers l’Europe.
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Un rappel brutal pour les partisans d’une guerre commerciale qui n’engendre que des perdants.
La dépendance du secteur automobile à Nexperia en chiffres
- Les puces Nexperia (diodes, transistors, régulateurs) représentent environ 49 % des composants électroniques intégrés dans les véhicules produits en Europe.
- Les stocks actuellement disponibles permettraient à peine de tenir quatre à six semaines de production avant l’arrêt des chaînes, faute de solution diplomatique ou industrielle.
Dépendance technique et absence d’alternatives immédiates
Les puces Nexperia sont intégrées dans des modules soumis à des certifications spécifiques (normes AEC Q100/Q101), rendant tout remplacement complexe et long. Il faut plusieurs mois pour qualifier un nouvel acteur, lorsqu’il existe dans la gamme concernée.
Quelques options industrielles sont évoquées – Infineon, Intel (usine de Magdebourg) – mais elles ne couvrent ni l’ensemble des gammes ni les volumes requis.