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Vladimir Mulder/shutterstock
Pénuries dans l’industrie

La France manque d’ouvriers

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Mise à jour le 3 janvier 2025
Temps de lecture : 4 minutes

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Industrie Social Formation

En 2023, 60 000 postes étaient vacants dans l’industrie, un chiffre multiplié par trois entre 2017 et 2022. C’est l’un des enseignements de ces dernières années. Il y a un décalage croissant entre les besoins du secteur et les formations proposées, tant en matière de qualification qu’en termes d’effectif.

Pourtant, pour préserver son tissu industriel et le développer, la France devra compter sur la formation de centaines de milliers d’ouvriers, de techniciens et d’ingénieurs.

Plus d’un million de nouveaux travailleurs nécessaires

Qui ne se souvient pas des interminables discussions autour des retards du chantier de l’EPR de Flamanville  ? L’une des causes de ce retard : le manque de soudeurs. Un comble pour l’ancienne puissance industrielle qu’est la France. Les soudures dans une installation comme l’EPR nécessitent un très haut niveau de précision  ; rapidement, des défauts ont été détectés, nécessitant des reprises.

Depuis, l’EPR a été raccordé au réseau électrique et prend petit à petit son envol. Mais la question des soudeurs n’en est pas pour autant réglée. Concrètement, il en manque plus de 20 000 dans le pays, selon les dernières estimations. S’il est difficile de chiffrer exactement les manques, un rapide tour d’horizon des projections et autres études, menées tantôt par l’État, tantôt par le patronat, ou encore par les syndicats, permet de voir qu’ils sont édifiants.

Le ministère de l’Industrie estime à 1,3 million le nombre d’emplois nécessaire dans l’industrie au cours des dix prochaines années, incluant les départs à la retraite. Un objectif qui semble faire consensus, puisque dans les projections des plus ambitieuses, le besoin est chiffré à 110 000 nouveaux travailleurs de l’industrie par an, jusqu’en 2035.

Une situation critique qui est observée dans les métiers de chaudronnerie, de maintenance, voire, parfois, dans des secteurs entiers, à l’image de l’aéronautique et du nucléaire. Selon une étude de La Fabrique de l’Industrie, think tank patronal, « les formations actuelles en chaudronnerie, soudage et maintenance industrielle ne couvrent que 50 % des besoins en recrutement d’ici à 2030. »

Des métiers toujours dévalorisés

Cette situation est aussi le résultat de décennies où celles et ceux qui voulaient «  tourner le page de l’industrie  » avaient le vent en poupe. Dans les années 1980, arrive l’idée d’une nouvelle France, réservée aux services, au tourisme et à la logistique. La fumée noire des usines et de son vieux monde ouvrier ne devait plus avoir droit de cité en hexagone.

Conséquence concrète : de nombreuses écoles de formation aux métiers industriels ont fermé leur porte, au moins 105 depuis les années 1990 d’après les études précédemment citées. Une tendance à la fermeture qui ne s’est pas inversée dans la décennie 2010-2020.

Si le nombre de jeunes diplômés de l’enseignement professionnel est en théorie suffisant pour combler les besoins, en pratique, un jeune sur deux formé aux métiers de l’industrie ne rejoint pas le secteur. Une « évaporation » qui ne cesse de grandir, et les raisons sont là aussi multiples.

L’industrie souffre toujours d’une image négative auprès des jeunes, souvent perçue comme peu valorisante ou peu moderne (l’idée d’une « voie de garage » où on se « salit les mains » reste dominante). Plus encore, la mutation des métiers pour répondre aux enjeux de décarbonation ne semble pas assez prise en compte dans les formations, ce qui complique l’insertion professionnelle.

La question des salaires reste centrale, avec en point d’orgue la nécessité, portée par les syndicats, de les augmenter dans l’ensemble des branches. Enfin, reste posée l’incontournable planification des besoins, pour que ces centaines de milliers de nouveaux travailleurs soient formés en fonction des besoins de la société.

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