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Le mur des fusillés d’Arras

Un lieu de mémoire de la Résistance unique en France

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Mise à jour le 2 janvier 2025
Temps de lecture : 7 minutes

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Seconde Guerre mondiale

Le mur des fusillés de la citadelle d’Arras est un lieu de mémoire de la résistance unique en France : si d’autres lieux de mémoire rendent hommage aux résistants fusillés par l’occupant pendant la Seconde Guerre mondiale, le mur des fusillés de la citadelle d’Arras est le seul qui mentionne explicitement l’appartenance politique des résistants morts pour la France.

Très vite, il devient l’objet d’une bataille mémorielle entre communistes, socialistes et gaullistes dont l’écho subsiste jusqu’à aujourd’hui.

Ce 13 juillet 1947, le président de la République est en visite dans le Nord et le Pas-de-Calais. Après s’être rendu à Ascq pour rendre hommage aux 86 civils assassinés par des soldats de la 12ᵉ division SS Hitlerjugend dans la nuit du 1ᵉʳ au 2 avril 1944 et avant de se rendre à Oignies, première cité martyre de la campagne de France où les 26, 27 et 28 mai 1940, des soldats d’une division de la Wehrmacht incendièrent trois cents maisons et tuèrent entre quatre-vingts et centre vingt-quatre civils, Vincent Auriol se rend à la citadelle d’Arras.

Le président de la République est accueilli par le député-maire de la ville, Guy Mollet. À pied, ils descendent les fossés de la citadelle construite par Vauban de 1668 à 1672 où, pendant la guerre, 218 résistants ont été fusillés.

Le plus jeune, Julien Delval, aide mineur de Carvin, avait seize ans ; le plus âgé, Henri Queval, directeur d’usine à Calais, en avait soixante-neuf. Parmi les 218 fusillés, on compte 7 enseignants, 16 fonctionnaires, 10 cheminots, 10 commerçants, 11 cultivateurs, 33 ouvriers, 130 mineurs et un prêtre. Les 189 Français sont les plus nombreux, mais on trouve aussi parmi les victimes 5 Belges, 2 Portugais, 1 Italien, 15 Polonais, 1 Tchèque, 3 Soviétiques, 1 Hongrois et 1 Yougoslave.

Un poteau symbolique, « réplique aussi exacte que possible du poteau auquel ils furent attachés », souligne Guy Mollet, est inauguré par le président de la République.

La cérémonie de 1949 marquée par des incidents

Si la cérémonie de 1947 ne donne pas lieu à polémique, l’ambiance est tout autre deux ans plus tard, le 18 septembre 1949. Si le PCF quitte le gouvernement en mai 1947, la rupture avec le gouvernement SFIO-MRP n’est pas pensée comme définitive avant l’automne 1947. Mais en 1949, les grèves, très dures, de 1947 et de 1948, sont dans toutes les têtes.

Édouard Herriot, le radical, président de l’Assemblée nationale, et Guy Mollet sont accueillis par une foule d’environ trente mille personnes, dont de nombreux communistes venus de tout le bassin minier pour découvrir les plaques nominatives des 217 fusillés – une 218ᵉ sera rajoutée en 2005 – qui mentionnent, à la demande du PCF et de la CGT, l’appartenance politique des fusillés.

Dans leurs discours, les députés communistes Gaston Dassonville et Auguste Lecœur ne se privent pas pour critiquer l’alignement de la France sur les États-Unis suite à la signature de l’alliance atlantique et à la création de la RFA.

Le Monde raconte que « M. Guy Mollet, se refusant à s’associer à une manifestation qui prenait une tournure politique, remit son discours en poche et rendit simplement un bref hommage aux morts, laissant la parole à M. Herriot. La plus grande partie de la foule, d’appartenance communiste, commença à s’agiter, et bientôt la voix du président de l’Assemblée nationale se trouva couverte par des cris et des sifflets. Une fanfare communiste enchaîna l’Internationale et les premières mesures de la Marseillaise, et la cérémonie se termina au milieu des clameurs ».

Les socialistes sont furieux. Dénonçant une « manifestation démagogique », ils fustigent la supposée volonté du PCF « d’utiliser les morts qu’il a tous pris à son compte ».

Des monuments érigés à Châteaubriant et au Mont-Valérien

Bientôt, d’autres monuments rendant hommage aux résistants fusillés par les nazis sont érigés. Le monument aux fusillés de Châteaubriant, réalisé par le sculpteur Antoine Rohal en 1950, est construit sur le site de la carrière des Fusillés, au lieu-dit « La Sablière ». Il commémore les massacres d’otages qui ont suivi la mort de Karl Hotz, responsable des troupes d’occupation en Loire-Inférieure, le 20 octobre 1941.

27 otages ont été fusillés dans cette carrière par l’occupant allemand le 22 octobre 1941, dont le jeune Guy Môquet. Le monticule conçu par Rohal intègre 183 alvéoles destinées à recevoir la terre de différents lieux d’exécution. C’est ainsi qu’en octobre 1951, une cérémonie de prélèvement de terre a lieu à la citadelle d’Arras pour pouvoir placer une urne « marquée par le sang des héros » sur le monument de Châteaubriant.

Le plus célèbre monument aux fusillés reste cependant celui du Mont-Valérien, situé à Suresnes, dans les Hauts-de-Seine.

Dès le 18 juin 1946, le général De Gaulle se rend sur le lieu où 1 008 résistants et otages ont été fusillés par l’occupant pendant la guerre. Quinze corps de combattants originaires de France et des colonies, dont deux femmes (Berty Albrecht et Renée Lévy), sont inhumés dans une crypte provisoire le 11 novembre 1946, mais il faudra attendre le 18 juin 1960 pour que soit inauguré un véritable monument, dont la réalisation est confiée au sculpteur Félix Brunau. Au sommet d’une esplanade de plus de 1 000 m², une croix de Lorraine de 12 mètres de haut surmonte un mur de 150 m de long, en grès rose des Vosges, accolé au rempart de la forteresse. Devant la croix de Lorraine, une flamme jaillit en permanence d’un brûloir en bronze, rappelant la tombe du Soldat inconnu située sous l’Arc de Triomphe et sa flamme permanente.

Si des résistants et des otages communistes ont été fusillés à Châteaubriant et au Mont-Valérien, la spécificité du mur des fusillés de la Citadelle d’Arras tient à la place toute particulière qu’y tient la mémoire de la résistance communiste célébrée en tant que telle sur les plaques nominatives des fusillés.

Alors que la panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian et de leurs compagnons, le 21 février dernier, témoigne de l’intégration pleine et entière de la Résistance communiste, y compris celle des travailleurs immigrés de la MOI (Main d’œuvre immigrée) dans la mémoire nationale, le mur des fusillés de la citadelle d’Arras raconte aussi l’héroïsme des travailleurs immigrés, souvent communistes, engagés dans la Résistance. Cette année encore, une fois la cérémonie officielle terminée, l’Internationale, chantée par les communistes, retentira dans l’enceinte de la citadelle pour rendre hommage au combat de tous les résistants communistes.

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