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Compagnie des mines de Lens, archives des HBNPC, Houillères du Bassin Nord-Pas-de-Calais.
Catastrophe de Liévin

Nous devions faire la fête au Nouvel an

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Mise à jour le 2 janvier 2025
Temps de lecture : 4 minutes

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Catastrophe de Liévin

27 décembre 1974. 6 h 15. Le bassin minier vient de connaître une énième catastrophe minière à la fosse 3 bis de Liévin. La terre qui a vécu la plus grande catastrophe européenne des Charbonnages vient de perdre quarante-et-un mineurs sur le coup et un quarante-deuxième le lendemain.

Alors que les mineurs profitaient de leurs cinq jours de repos traditionnels dans l’ensemble du bassin, le vendredi signait la reprise du travail.

« Une nouvelle fois, la classe ouvrière est frappée »

Les travailleurs victimes de cette catastrophe faisaient tous partie de la même équipe descendue à 5 H 30. Leur tâche consistait à préparer le terrain pour l’exploitation d’une nouvelle veine à l’étage moins 710 au sein du quartier des « Six Sillons ». La veille, l’équipe chargée de relever la teneur en grisou était passée et n’avait rien relevé d’étonnant (le taux de grisou étant de 0,2 %).

Le « coup de grisou » est un terme souvent employé dans le vocabulaire de la mine. Ce dernier s’explique par la libération de méthane, présent naturellement dans la plupart des types de charbon. Au moment de l’abattage du charbon dans la mine, le grisou se dégage, mais ne devient explosif que s’il est mélangé à l’air dans une proportion 6 à 16 %. C’est un coup de grisou qui a tué 1099 mineurs à Courrières en 1906. D’ailleurs, si l’on attache aussi souvent les deux catastrophes, ce n’est pas pour rien… La catastrophe de Liévin est la plus terrible depuis Courrières.

Un émoi national

Dans les jours qui suivent l’explosion, des soutiens affluent de tous les pays et de différents acteurs. Serge Lama, initialement prévu au music-hall de Lens, annonce verser les recettes de son concert au profit des familles endeuillées et le Racing Club de Lens a promis un match de solidarité.

Il est impossible de dénombrer le nombre d’hommages émis jusqu’à Liévin. Mais Liberté, organe de presse régional du Parti communiste français s’est vu être l’écho des principales voix des organisations de la classe ouvrière. Le journal a partagé les télégrammes de condoléances de nombreux parlementaires (Léandre Létoquart, Gustave Ansart), d’organisations politiques et syndicales (PCF, CGT) et d’associations (Secours populaire français).

Les funérailles ont lieu le matin du 31 décembre, en présence du Premier ministre Jacques Chirac. La cérémonie est retransmise à la télévision sous l’animation de Léon Zitrone illustrant l’importance du moment. Mais, c’est en passant de l’enterrement aux huîtres que Zitrone prend « conscience du décalage ». [1]

Après l’émoi, la colère

En réalité, l’émoi est, pour la population et les organisations politiques et syndicales, directement mêlé au sentiment de colère. Si la teneur en grisou mesurée la veille était faible, comment pouvait-on expliquer qu’une telle explosion se soit produite  ? Cette question, tout le bassin se la pose.

Ce qui nourrit la colère, c’est le sentiment de trop-plein et d’injustice. Le bassin minier du Pas-de-Calais n’est pas à sa première catastrophe d’envergure. Dans un monde ouvrier en crise où le « plan Jeanneney » prévoit la diminution de l’extraction du charbon au profit du pétrole, le tout sans grandes perspectives d’avenir satisfaisantes, on comprend l’indignation…

Le soir même de l’explosion, la Fédération nationale du sous-sol de la CGT et l’Union des Syndicats CGT du Nord et du Pas-de-Calais appellent à une « enquête approfondie » et les mineurs de Lens lancent l’appel à la grève. D’après eux, le progrès technique se développe et il est donc inadmissible que des événements tels que ceux-ci arrivent encore. Le juge Pascal, connu pour son antipathie envers la bourgeoisie locale dans l’affaire de Bruay a été saisi de l’affaire.

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