Élu en 1929, Émile Delabre doit démissionner en novembre 1930 et est remplacé par Gustave Lecointe, un ancien mineur, syndicaliste et mutilé de guerre. Communiste oppositionnel, Delabre est exclu du Parti communiste. Il rejoint les trotskistes de la Ligue communiste. Gustave Lecointe et quatorze de ses colistiers sont, eux aussi, exclus du PCF, en dépit des gages de loyauté qu’ils avaient donnés, en votant par exemple, en décembre 1930, une motion de soutien au procès lancé contre le « parti industriel ».
Tous sont réintégrés en 1931, mais Delabre pousuit son engagement à la fois au PCF et au sein de la Ligue communiste, ce qui lui vaut d’être à nouveau exclu du PCF l’année suivante.
Lecointe, quant à lui, rédige son auto-critique dans l’autobiographie qu’il rédige pour les instances du Parti communiste : « Un élément trotskiste avait à cette époque essayé de nous gagner, mais ça n’a pas duré longtemps. Nous nous sommes vite aperçus que ces gens-là, venus de Paris fréquemment, voulaient surtout par des mots d’ordre démagogiques nous dresser contre les membres du Parti. […] Depuis, nous n’avons plus de liaison avec les quelques individus, qui du reste sont réfugiés dans le parti socialiste où leur préoccupation essentielle est de travailler les jeunes ».
Un maire communiste actif et bâtisseur
Lecointe sera maire de 1932 à 1935. Durant son mandat, il refuse l’installation d’un commissaire de police municipale, il fait construire un terrain de sports et un nouveau groupe scolaire, baptisé « Marcel Cachin ». La municipalité communiste de Montigny-en-Gohelle verse des subventions à l’ARAC et à l’Étoile sportive montignynoise, le club affilié à la Fédération sportive du travail (FST).
Maire communiste de combat, Gustave Lecointe est plusieurs fois condamné pour des articles de presse. En 1935, il est condamné à trois mois de prison avec sursis et 50 francs d’amende pour propagande antimilitariste à l’occasion d’une manifestation et d’une distribution de tracts aux futurs conscrits devant le conseil de révision de Carvin, dont dépendait Montigny-en-Gohelle.
Gustave Lecointe et la liste PCF sont battus lors des élections municipales de 1935 par la SFIO. Émile Delabre redevient maire et le restera jusqu’en 1944. Gustave Lecointe, qui travaillait dans une entreprise de travaux publics, est congédié et doit retrouver un emploi. Il est recruté comme secrétaire de mairie à Drocourt par le nouveau maire communiste Joseph Noël, avant d’être embauché en 1936 comme rédacteur en chef pour l’édition du Pas-de-Calais de L’Enchaîné.
Gustave Lecointe continue de militer à Montigny-en-Gohelle où sa cellule passe de 100 à 260 adhérents entre 1935 et 1937 et siège au bureau fédéral de la région communiste du Pas-de-Calais, reconstituée en 1936 et dirigée par Félix Cadras.
Lecointe est arrêté en février 1940 avec Nestor Calonne et interné dans un camp des Basses-Alpes. Il s’en évade et rejoint Auguste Lecœur à la direction régionale clandestine du Parti communiste du Pas-de-Calais. Lecointe est l’un des organisateurs de la grève des mineurs de mai-juin 1941, partie du puits du Dahomey à Montigny-en-Gohelle. Emprisonné à Lille puis au fort de Huy en Belgique, il parvient à nouveau à s’évader et passe dans la clandestinité. Membre de la direction militaire des francs-tireurs et partisans (FTP) de la région parisienne, il participe aux combats de la libération de Paris.
Gustave Lecointe est réélu maire de Montigny-en-Gohelle en 1945 et conseiller général du canton de Carvin. Membre du secrétariat départemental du PCF du Pas-de-Calais, il décède subitement en 1948, dans sa cinquante-sixième année.