Pourtant, ce basculement — stratégique, déterminant, irréversible — resta longtemps méconnu, presque invisible aux contemporains de l’époque. Il faudra attendre 1943 et Stalingrad pour que les peuples comprennent enfin ce qui s’était joué deux ans plus tôt. Là où Moscou fut le tournant réel, Stalingrad en fut la révélation, l’évidence éclatante. Entre les deux se trouve l’écart essentiel entre ce qui s’est passé (décembre 1941) et ce qui fut compris (février 1943). Et c’est dans cet écart que se révèle la véritable portée de la bataille de Moscou : le lieu où se joua, sans que le monde ne le sache, notre destin.
Le tournant oublié
Il existe des mois où l’histoire bascule. Décembre 1941 est de ceux-là. Trois événements majeurs se produisent presque simultanément : la contre-offensive soviétique du 5 décembre, l’attaque japonaise de Pearl Harbor le 7 décembre, la déclaration de guerre d’Hitler contre les États-Unis le 11 décembre. En quelques jours, la guerre n’est plus européenne et asiatique : elle devient mondiale, totale, industrielle — et place l’Axe (Japon–Allemagne–Italie) dans une situation dont il ne pourra jamais se relever.
En vingt jours, la Seconde Guerre mondiale…