Voici un ouvrage dont j’ai pensé spontanément qu’il ne rentrait pas trop dans mes centres d’intérêt. Dans une librairie, je serais passée à côté ! J’aurais eu grand tort. Il m’a été offert par un ami.
Je l’ai donc ouvert et à mon grand étonnement, je me suis trouvé embarquée (embarquée est vraiment le terme approprié) dans un grand et passionnant voyage, historique, géographique et littéraire.
Vincent Campredon, l’auteur, Commissaire Général de la Marine, a été chargé de repenser le musée de la Marine de Paris qui est devenu musée de la Mer en 2015.
Au travers des « trésors » du bureau de l’auteur, nous suivons l’histoire de la cartographie, donc l’histoire de la représentation du monde que se sont fait les hommes depuis 1290 avec la carte Pisane, en passant par l’histoire d’Henri le Navigateur jusqu’à la cartographie d’Amerigo Vespucci (du prénom duquel vient le nom de l’Amérique).
Nous plongeons dans les outils, le vocabulaire et les chants des marins. Nous redécouvrons les auteurs tels Jules Verne, Rudyard Kipling, Pierre Loti, Jack London, Ernest Hemingway, qui sont moins lus aujourd’hui. Enfin, nous refaisons les voyages des grands explorateurs, Jean-François de Lapérouse, James Cook, Louis Antoine de Bougainville…et celle des corsaires tel Surcouf, armateur négrier.
Il y a l’aventure bien sûr, mais également toute la dimension géopolitique. Le pays qui finance l’expédition met son drapeau sur les territoires découverts. Et partant, sur les espaces maritimes. La France en possède un nombre important, des Terres Australes et Antarctiques à Tahiti, de la Nouvelle-Calédonie aux Antilles etc. Vincent Campredon nous les fait parcourir C’est une dimension qu’il faut garder à l’esprit dans toute analyse des situations internationales actuelles.
Par ailleurs, l’histoire de la transformation du musée, initié par Napoléon au sein du Louvre puis déplacé ensuite sur la colline de Chaillot, nous promène d’abord dans les réserves ainsi que dans la richesse des maquettes de navires. Maquettes magiques dont la fonction était de transmettre les savoir-faire techniques de la construction de navires. Quant à l’histoire de la marine militaire, nous rencontrons Colbert, Vauban, Napoléon...
Un dernier chapitre, essentiel, à partir des messages de Thomas Pesquet, astronaute, nous rappelle la nécessité de protéger les océans, un enjeu incontournable pour notre survie. « Les océans sont sans nul doute la clef de notre avenir économique et environnemental. Mais à condition de faire attention », prévient l’auteur qui ajoute encore : « Les océans sont fragiles et doivent être traités avec respect. »
Le style de l’ouvrage est vivant. Et ainsi, le lecteur voyage avec un vif plaisir à travers les mers, les océans et les époques, tout en enrichissant ses connaissances.
Quand on referme le livre, on n’a qu’une envie : courir au musée de la Mer et revivre les aventures de la découverte du monde.
Quant à moi, me vient également le désir de revoir, à Rochefort, la maison de Pierre Loti qui a été restaurée, la corderie royale et le musée local de la Marine.
Le voyage en mer, Vincent Campredon, Grasset, 176 pages, 18,50 euros.