De 1922 à 1936, la CGTU a fait vivre en son sein des commissions féminines et organisé à chacun de ses congrès des conférences nationales féminines. La première a lieu à Bourges le 11 novembre 1923, la dernière lors du VIIᵉ Congrès de la CGTU, en 1933. Chacune de ces conférences élit une commission féminine nationale, présidée par une secrétaire.
Les commissions féminines de la CGTU
Deux institutrices, Marie Guillot et Lucie Colliard, se succèdent de 1923 à 1925. Elles sont toutes deux révoquées. C’est l’ouvrière Alice Brisset qui leur succède de 1925 à 1927 avant de démissionner pour protester contre la volonté de Suzanne Girault, alors l’une des principales dirigeantes du PCF, de régenter la commission féminine de la CGTU. Bernadette Cattaneo, une employée, prend alors la relève.
Membre du bureau confédéral de la CGTU, elle siège aussi au conseil central de l’Internationale syndicale rouge (ISR), qui regroupe tous les syndicats proches des partis communistes de l’époque, en lien étroit avec le Komintern. Enfin, de 1933 jusqu’à la réunification de 1936, c’est l’ouvrière Georgette Bodineau qui dirige la commission féminine.
Malgré les efforts de ces dirigeantes, les commissions féminines de la centrale unitaire, qui avaient pour but de « garder les femmes dans l’organisation », peinent à se développer dans les unions locales ou dans les syndicats où les postes dirigeants restent occupés par des hommes. Elles s’efforcent toutefois d’élaborer un programme de revendications pour la main-d’œuvre féminine, non sans contradictions : la CGTU considérait qu’il n’y avait pas de revendications spécifiquement féminines, les femmes comme les hommes étant victimes de l’exploitation capitaliste.
Par ailleurs, ni la CGTU ni ses commissions féminines ne se revendiquent du féminisme, jugé « réformiste », même si, lors des conférences nationales, des discussions ont eu lieu autour de la question de l’avortement.
Il reste que les commissions féminines, observe Maryse Dumas, avec toutes leurs potentialités, auront « contribué à former une génération de militantes qui, pour la plupart, se retrouveront dans la Résistance ».
Un numéro riche en archives et en luttes sociales
En plus du dossier, la rubrique « En images » s’intéresse aux établissements Saint-Joseph, spécialisés dans la fabrication de tricots. Ils employaient, sur le site de Gradignan, dans la région bordelaise, près d’un millier de salariés, qui ont lutté plusieurs années contre un plan social et la mise en liquidation décidée par le patronat. Malgré la victoire de la gauche en 1981 et une tentative de relance de la production, les établissements Saint-Joseph ferment définitivement en 1986.
Plus loin, la rubrique « Archives » publie le tract édité par la CGT à l’occasion du 1ᵉʳ mai 1973 en français, italien, arabe et portugais, illustration de la volonté de la CGT de s’adresser aux travailleurs immigrés.
Paul Devin, président de l’Institut de recherches de la FSU, montre, à travers l’exemple des lycées professionnels et du collège, que « la démocratisation scolaire n’est pas tant l’effet de la richesse que celui de la volonté politique ».
L’historien Alain Ruscio rappelle que, depuis la Révolution française jusqu’à nos jours en passant par la période coloniale, le fantasme de « submersion migratoire » est aussi ancien que récurrent dans notre histoire.
Le dernier article de ce numéro des Cahiers de l’IHS, signé par David Chaurand, s’intéresse à l’échelle mobile des salaires, revendication de la CGT depuis la période du Front populaire pour lutter contre la vie chère et l’inflation. L’échelle mobile des salaires s’imposera finalement en 1952, avec la loi du 18 juillet mettant en place l’indexation du SMIG sur les prix. L’histoire de cette revendication ancienne de la CGT reste cependant à écrire, conclut David Chaurand.
On peut s’abonner aux Cahiers de l’Institut CGT d’histoire sociale sur le site internet de l’IHS au tarif de 36 € et au tarif préférentiel de 28 € pour les syndiqués de la CGT.