Déjà auteur de nombreux livres, dont des fictions, il vient de publier à la Série noire un nouveau roman justement intitulé Huitième Section, qui la fait revivre au travers de quelques affaires qui semblent l’avoir particulièrement marqué. Rien de bien extraordinaire en apparence, le meurtre d’un SDF tout près de l’Institut médico-légal, quai de la Rapée, à Paris, presque à domicile, une prise d’otage sans otage ou une jeune fille qui étouffe son bébé à la naissance après un déni de grossesse. Le pain quotidien de la justice ordinaire…
Mais une autre enquête traverse tout le roman, celle sur la mort d’un homme retrouvé dans une poubelle de la Ville de Paris, la peau de la tête tannée, ce qui n’est pas banal. Le lecteur suit en parallèle l’histoire de Ness, une jeune Marocaine, et de ses trois sœurs, que la vie n’a guère épargnée. Ainsi, on apprend comment le corps de cet homme s’est retrouvé dans une poubelle à plusieurs centaines de mètres de son domicile.
L’auteur décrit très précisément cette affaire et, sans faire l’apologie du crime, il enquête à charge et à décharge pour bien saisir tous les tenants et aboutissants de ce meurtre hors normes. En parallèle, on suit l’histoire de Ness qui raconte son enfance à Fès entre un père commissaire de police, une mère au foyer et ses trois sœurs. Ce père est fier de sa famille qu’il aime par-dessus tout, surtout de Ness, la petite dernière, effrontée et attachante. Tout se dérègle lorsqu’il décède brutalement. Fin de l’enfance, bienvenue dans le monde des adultes avec ses violences et ses humiliations, surtout lorsqu’on est une fille, puis une femme. Mais cette enquête se révèle être à tiroirs dans lesquels on trouve un cadavre sitôt qu’on l’ouvre.
Marc Trévidic présente des personnages très humains, loin des caricatures et fait le portrait d’une justice sous pression, voire sous tension, sans moyens, qui ne tient que par la volonté farouche des magistrats et des policiers de rendre leur dignité aux victimes et leur humanité aux criminels, au-delà de la gravité des faits qu’ils ont commis. Il propose un roman policier probablement nourri de certaines affaires qu’il a eu à traiter dans sa carrière, mais sans jamais s’enliser dans des procédures juridiques obscures ou refaire le procès d’affaires déjà jugées.
Marc Trévidic, Huitième section, Série noire, 270 pages, 20 €.