Entre l’Hôtel du Département et la Préfecture du Pas-de-Calais, à Arras, le rassemblement était impressionnant. Ils étaient plusieurs centaines, réunis dans le calme, pour protester contre la politique budgétaire du gouvernement et les conséquences qu’elle aura sur l’action de proximité des collectivités territoriales. Car toutes sont concernées. C’est pour cela que de nombreux maires, conseillers municipaux, élus d’agglomération, syndicalistes de la fonction publique avaient fait le déplacement.
« J’ai même vu un macroniste voter pour la motion ! »
Durant la séance plénière de l’assemblée départementale, dans la matinée, « nous avons vécu un moment extraordinaire, s’est écrié Jean-Marc Tellier, président du groupe Communiste et Républicain. Tous les groupes de la majorité ont voté la motion présentée par le président du Département, Jean-Claude Leroy (PS). J’ai même vu un élu macroniste voter en faveur de ce texte ! »
Cette motion refuse une austérité sans précédent imposée par le gouvernement Barnier : le Pas-de-Calais devra trouver 67 millions d’euros pour équilibrer son budget 2025. Si cela s’applique, les conséquences seront catastrophiques pour la culture, le sport, la jeunesse et l’aide à l’enfance, la vie associative, etc. « Une telle somme représente presque une année de budget attribué aux sapeurs-pompiers ou à la reconstruction de deux collèges et demi » disent les élus communistes et socialistes.
« Au bout du compte, s’accordent-ils à dire, ce sont les habitants qui paieront les pots cassés, c’est-à-dire les salariés, les jeunes, les retraités… »
Un « hold-up » sur les collectivités
Le président Jean-Claude Leroy ne cache pas, lui non plus, son désarroi : « J’ai coutume de dire qu’ici [au Département – ndlr] on ne fait pas de bruit.
On fait le boulot. Mais aujourd’hui, il est temps de faire du bruit.
Le Département, c’est la proximité. C’est le versement de l’APA pour les personnes âgées, ce sont les 7 000 enfants de l’ASE (Aide sociale à l’enfance). Ce sont les services d’aide à domicile. Ce sont aussi les collèges pour lesquels il y a encore tellement d’efforts à faire. »
Jean-Marc Tellier abonde : « Il serait tellement facile de couper dans les budgets culture ou sport, dit-il. Mais je me refuse à faire des choix entre les un et les autres. » C’est aussi ce que pensent ses collègues. Parmi les exemples entendus à Arras : le repas pour les publics scolaire et la bouteille de champagne pour des personnes en Ehpad sont aussi importants. Pas question donc, dans l’esprit des élus, de faire du « tri social ».
La sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly va jusqu’à parler de « hold-up sur les collectivités territoriales ». Inadmissible pour elle quand on sait que la dette des collectivités territoriales n’excède pas 8 % du budget de l’État. « Ce ne sont pas les collectivités qui gèrent mal. Mais on nous casse tout ! » s’exclame-t-elle. Et de rappeler que les solutions existent : taxer les grosses fortunes, s’en prendre aux retraites-chapeaux et aux dividendes des actionnaires, « Mais le gouvernement fait le choix de s’attaquer aux plus petits. »
Sans oublier un point qui a son importance. La ponction de 67 millions d’euros va avoir des répercussions sur l’ensemble des 890 communes du département du Pas-de-Calais. Et elle entraînera des disparités injustes et insupportables entre elles.
Les élus sont allés porter leur mécontentement auprès du préfet et ont mis une pétition à la disposition du public.