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Portrait - Philippe Verbeke

Résistant de la première heure contre la casse de notre sidérurgie

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Mise à jour le 29 janvier 2025
Temps de lecture : 7 minutes

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Industrie Sidérurgie ArcelorMittal CGT Syndicalisme

Syndicaliste charismatique de la CGT dans le secteur de la sidérurgie, Philippe Verbeke sera ce vendredi aux premiers rangs du rassemblement organisé à Grande-Synthe (Nord), devant le siège d’ArcelorMittal. Ce rassemblement est une des pièces de la mobilisation nationale appelée par la CGT pour sauver la sidérurgie en France. Une première qui nous donne l’occasion de rencontrer le leader syndical. Première partie.

Les journalistes spécialisés de l’information sociale lui tendent le micro depuis longtemps. Les lecteurs et téléspectateurs ont appris à connaître le phrasé pédagogique de ce Dunkerquois né dans la ville de Jean Bart il y a tout juste 57 ans.

Philippe Verbeke intègre l’entreprise Usinor Dunkerque en 1990. Il est alors un jeune informaticien de 23 ans. Peut-il alors deviner que cette fameuse usine « les pieds dans l’eau » inaugurée 27 ans plus tôt (en 1963) va, comme l’ensemble du groupe Usinor, faire l’objet de nombreux combats sociaux et de convoitises capitalistiques ? On appelle alors ce site dunkerquois « l’usine les pieds dans l’eau » parce qu’elle est bord à quai du port de Dunkerque. C’est un avantage commercial énorme (on peut décharger le minerai importé et charger les bobines d’acier pour l’exportation avec beaucoup de facilité). L’usine a alors l’avenir devant elle. En face, la ville de Grande-Synthe va se développer tel un champignon. Usinor Dunkerque va employer plus de 10 000 salariés dont de nombreux travailleurs immigrés qui vont trouver leur place dans cette France septentrionale. Le temps a passé. Usinor a changé de nom plusieurs fois, les sites de Dunkerque et de Mardyck n’emploient plus que 3 500 salariés, les autres entreprises du secteur, dans la région et en France, ont particulièrement souffert.

La casse commence avant l’arrivée de Mittal

«  Usinor est devenue Arcelor, puis Sollac et, à la suite d’une OPA de l’Indien Mittal, Sollac Mittal en 2006.  » Avec ses 34 années d’expérience dans l’entreprise et en tant que syndicaliste, Philippe Verbeke dispose d’un sacré rétroviseur sur l’histoire sociale et économique de l’entreprise. Lorsqu’il arrive en 1990, il adhère très vite au syndicat CGT et y prend rapidement des responsabilités. Durant 10 ans, il est délégué syndical de la société Sollac Atlantique puis, avec l’intégration de l’usine de Florange, de Sollac Atlantique et Lorraine. Voilà maintenant dix ans qu’il est représentant national CGT dans le groupe. Devenu membre du comité exécutif de la Fédération des travailleurs de la métallurgie, il devient coordinateur national du syndicat au sein du groupe ArcelorMittal France

« J’ai vécu de nombreux événements, à commencer par de la casse de capacité de production, déjà du temps d’Arcelor. On ne peut en effet tout mettre sur le dos de Mittal. La casse avait commencé avant son arrivée. » Des fermetures de sites ou de lignes de production avaient été décidées au début des années 2000. Philippe Verbeke l’a vécu sur le site même où il travaille : Sollac Mardyck, avec la suppression du département Aciers pour emballages. « Cette fermeture a été décidée alors que nous étions parmi les cinq entités en France et Belgique les plus performantes.  » Celle de Mardyck était même en tête.

Il y a eu aussi la fermeture du site de Biache, dans le Pas-de-Calais. « Des capacités de production ont été sabrées. Des mouvements et des mobilisations nationales l’ont dénoncé à l’époque. Nous avons tenté de faire monter cela au niveau de la politique nationale parce que l’on sentait bien qu’on partait dans la mauvaise direction. »

La loi du capitalisme

Lorsque l’Indien Mittal lance son OPA sur Arcelor, en 2006, la CGT s’exprime contre le choix du gouvernement Français et des voisins européens. « Il aurait fallu, dit Philippe Verbeke, se liguer pour éviter un tel scénario. On ne peut pas dire qu’une filière est stratégique et laisser se faire une OPA sur un aussi gros pan de la sidérurgie, tant en France qu’en Europe.  »

Mais la loi du capitalisme est passée par là. L’esprit industriel s’est effacé devant la logique financière et de réunion en réunion, au niveau d’ArcelorMittal France, Philippe Verbeke a vu les anciens cadres se plier à ses règles. À faire allégeance en quelque sorte.« J’en ai vu faire la courbette devant Mittal [alors que peu avant, ils s’opposaient à l’OPA – ndlr-], j’en étais estomaqué. »

De 2006 à 2008, avec Mittal aux manettes, ça a craché du bénéfice. Mais avec la crise financière de 2008-2009, Mittal a mis un fort coup de frein sur la production d’acier en Europe. « Il a joué au mécanisme de l’offre et de la demande. » Les choses se dégradent avec deux coups durs en Europe. À Liège, avec la fermeture de la filière liquide en 2011 et puis, un an plus tard, c’est le tour de Florange. Les marchés deviennent plus compliqués pour la sidérurgie et on assiste à des pressions très fortes sur les budgets d’investissement, sur l’embauche, la politique sociale... «  Ce que l’on est en train de dire aujourd’hui, c’est que malheureusement, la dégradation des conditions de travail, y compris à Dunkerque pourtant officiellement présenté comme un site moderne, par la communication du groupe et par l’État, on paie la carence d’investissement accumulée ces dernières années. Mais c’est vrai partout en Europe. C’est ce qui a amené à ce que le réseau syndical mondial a décidé de passer à l’attaque de manière plus forte et qu’il a décidé une journée de mobilisation nationale et même mondiale dans le groupe. C’est une première !  ».

En France, ArcelorMittal emploie 15 400 salariés. La CGT ne veut pas voir se rejouer le scénario de Florange.

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