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Sidérurgie

Quand les journaux reprennent les arguments de Mittal

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Mise à jour le 29 janvier 2025
Temps de lecture : 3 minutes

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Industrie Sidérurgie ArcelorMittal

Marianne, Le Figaro, Les Échos, France Info… et autant de rédactions qui ont un point commun : asséner des contres vérités – plus ou moins consciencieusement – sur le marché de l’acier en Europe et dans le monde.

Presse économique et patronale, journaux de droite ou de gauche, médias prétendument au-dessus de la mêlée ; nombreux sont ceux qui récitent les arguments de financiers intéressés.

Une déferlante chinoise de l’acier ?

Ainsi pouvait-on lire le 28 novembre dernier dans Marianne « comment l’ogre industriel chinois dévore le secteur de l’acier ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que les arguments du père Mittal, bien décidé à laisser mourir sa production d’acier sur le vieux continent, sont repris sans la moindre vérification chiffrée.

Dans Le Figaro de ce mercredi 11 décembre, une page est consacrée à « L’acier européen, accablé par la concurrence chinoise  ». Pour étayer son propos, le journaliste s’appuie sur un chargé d’étude du Think Tank « La fabrique de l’industrie  ». Celui-ci précise que la Chine produit désormais plus de la moitié de l’acier mondial, 54 % précisément (contre à peine 15 % au début du siècle).

Mais ce spécialiste oublie un point important. Les groupes chinois écoulaient l’année dernière 93 % de leur production sur leur marché intérieur, leur permettant à la fois de répondre aux besoins nationaux en matière de construction et de développement, mais aussi de répondre à la demande en aciers des groupes occidentaux qui se sont installés dans l’Empire du milieu. Un simple oubli de sa part ?

Autre oubli de taille : la dynamique des exportations chinoises vers l’Europe. Quoique puisse dire Mittal, elles sont plutôt en retrait depuis 15 ans. En revanche, il y a bien une accélération des importations d’acier asiatique en Europe… mais depuis l’Inde  ! Pays de Monsieur Mittal, où le groupe Arcelor se développe considérablement par le biais d’une coentreprise avec le japonais Nippon Steel.

De là à penser que Mittal se sert de l’Europe pour écouler ses propres productions indiennes, il n’y a pas loin.

L’Europe n’est plus autosuffisante

Les articles de nos confrères cités ci-dessus présentent une vision partielle des faits et des chiffres. Sans tomber dans la naïveté quant aux intérêts chinois, il ne faudrait pas pour autant se contenter des éléments de langages du groupe ArcelorMittal.

Parmi les chiffres frappant du marché de l’acier européen, reste le fort recul de la production sur le continent. Depuis 2014, les courbes se croisent entre la production et la consommation.

Concrètement, l’Europe n’est plus autosuffisante en acier depuis 10 ans. Coûts de l’énergie, sous-investissements, politique financière et court-termiste ou, plus récemment, baisse de débouchés dans les filières automobiles et du bâtiment  ; autant d’éléments qui ont amené ArcelorMittal à réduire son activité et à fermer « temporairement » des hauts-fourneaux.

Ce fut le cas en Allemagne et en Espagne en 2022, ce qui explique 40 % de la baisse de la production européenne et, en 2023, la mise à l’arrêt de deux hauts-fourneaux français (Dunkerque et Fos-sur-Mer) l’explique pour 25 %. Sans même parler des importations depuis l’Ukraine et la Russie qui se sont arrêtées en 2022, impliquant une recomposition du marché.

Quoi qu’il en soit, la situation est loin d’être si simple et l’argument selon lequel « l’ogre chinois » détruit les industries françaises ne pourra pas tenir éternellement.

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